Encyclopédie de religions africaines – AKAN
Avant Propos : Chers lecteurs et lectrices, avant de vous lancer dans la lecture de ce contenu nous vous conseillons de lire d’abord notre article d’introduction, vous le trouverez en cliquant sur le lien en surbrillance suivant : Encyclopédie de religions africaines – Introduction : Notions et Concepts. Ce dernier vous permettra de mieux appréhender le sens que nous voulons donner à l’ensemble de cette rubrique.
Les Akan sont l’un des groupes culturels les plus connus d’Afrique. Actuellement, ils comptent environ 4 millions de membres, ce qui en fait le plus grand groupe culturel du Ghana, représentant près de la moitié de la population du pays. Les clans Akan, appelés Abusua (famille), comprennent les Akuapem, Akyem (Abuakwa, Bosome, Kotoku), Asante, Brong-Ahafo, Fante, Kwahu et Nzema. Parmi ces sous-groupes, les Asante et les Fante sont les plus importants. Bien que les pratiques politiques, sociales, religieuses et coutumières des Akan soient similaires, chaque clan partage un héritage culturel et une langue communs. Cette unité, associée à leur tradition historique d’identité collective et d’autonomie politique, a joué un rôle dans la formation des États-nations individuels durant la période précoloniale. Cet article décrit brièvement leur culture avant d’explorer plus en détail leurs idées sur la spiritualité.
1. Caractéristiques culturelles
Sur le plan linguistique, le terme collectif Akan désigne un ensemble de langues appartenant à la sous-famille Kwa de la famille des langues nigéro-kordofaniennes, parlées à la fois au Ghana (au sud du fleuve Volta) et en Côte d’Ivoire. Les variantes linguistiques (dialectes) qui distinguent les différents groupes incluent l’Akuapem, l’Asante et le Fante, les deux premiers étant regroupés sous le terme Twi. L’Akan est la langue maternelle d’environ 44 % de la population ghanéenne, l’Asante Twi étant la variante la plus largement parlée.
Les Akan sont sans doute les plus connus pour leur sagesse proverbiale, qui utilise un langage figuré. Les proverbes sont des maximes populaires qui expriment des vérités pratiques acquises par l’expérience et l’observation. Ils se manifestent non seulement par des mots, mais aussi à travers la musique, en particulier le tambour traditionnel, la danse, ainsi que l’art textile, notamment les tissus adinkra et kente. Les proverbes constituent une caractéristique essentielle des langues Akan et servent à donner vie à la communication. En tant que guides métaphoriques pour une vie vertueuse, les proverbes offrent une meilleure compréhension de la vision du monde des Akan, tant sur le plan physique que spirituel. Les proverbes Akan suivants sont particulièrement instructifs à cet égard :
La véritable puissance réside dans la coopération et le silence. Deux hommes dans une maison en feu ne doivent pas s’arrêter pour se disputer. Une seule fausse déclaration peut gâcher mille vérités. Celui qui pose des questions ne se perd pas. Personne ne montre Dieu à un enfant. Une famille est semblable à une forêt : de l’extérieur, elle paraît dense, mais de l’intérieur, on réalise que chaque arbre a sa place. Le nœud fait par un homme sage ne peut pas être défait par un imbécile. Si tu tiens un serpent par la tête, son corps se pliera comme une corde. Même les dents et la langue se disputent parfois, bien qu’elles vivent ensemble. La mort n’a pas de remède. Sois une bonne personne et souviens-toi que tu mourras un jour. Si quelqu’un prend soin de toi durant ton enfance, prends soin de lui dans sa vieillesse. Si tu sais donner des conseils, commence par te conseiller toi-même.
Ce qui distingue les Akan des autres groupes culturels du Ghana, c’est qu’ils sont un peuple matrilinéaire. Chaque Akan appartient à un clan ou abusua (famille) et est lié à cet abusua par des liens de sang. Ils croient qu’au cours de l’acte sexuel, le sunsum (esprit) du père se mêle au mogya (sang) de la mère, ce qui entraîne la conception. Cette union des éléments spirituels et physiques crée le lien entre la mère et l’enfant et établit les bases du système de descendance matrilinéaire chez les Akan. Comme le dit un proverbe Akan, “Un crabe ne donne pas naissance à un oiseau.” Ainsi, un enfant né d’une mère Kwahu et d’un père Nzema est considéré comme Kwahu.
2. Spiritualité
Bien que le christianisme et l’islam aient cherché à imposer leur spiritualité, les Akan sont restés fidèles à leur culture et à leurs traditions ancestrales, qui les définissent en tant qu’Akan. La spiritualité constitue le socle sur lequel reposent la société et la culture Akan.
3. Cosmogonie
Une cosmogonie est un récit qui explique comment l’univers (cosmos) a vu le jour. Elle se distingue de la cosmologie, qui concerne la structure de l’univers, car cette dernière cherche à comprendre la composition actuelle et les “lois” qui régissent l’univers tel qu’il existe aujourd’hui, tandis que la cosmogonie répond à la question de son origine. “Abrewa na ni mba”, qui signifie “La Vieille Femme et Ses Enfants”, est le nom de la narration de création chez les Akan.
Les Akan croient qu’au commencement, Nyame (le Créateur) habitait dans le ciel, qui était en réalité très proche de la Terre, où vivaient une vieille femme et ses enfants. Chaque jour, lorsque la vieille femme pilait son fufu, le pilon frappait Nyame. Bien que Nyame ait sans cesse averti la femme de cesser de le frapper sous peine de s’éloigner dans le ciel, elle continua de piler son fufu. Ainsi, Nyame finit par s’éloigner dans le ciel, là où les gens ne pouvaient plus l’atteindre.
La vieille femme, résolue à trouver un moyen d’atteindre Nyame et de le ramener, demanda à ses enfants d’empiler tous les mortiers qu’ils pouvaient trouver jusqu’à ce que la tour de mortiers atteigne Nyame. Les enfants s’exécutèrent, mais il leur manquait un mortier pour atteindre Nyame. Ne parvenant pas à en trouver d’autres, la vieille femme leur suggéra de retirer un mortier du bas pour le placer en haut. Lorsque ses enfants firent cela, la tour de mortiers s’effondra, provoquant une destruction massive et causant la mort de nombreuses personnes.
L’histoire d’Abrewa na ni mba illustre non seulement la conception akane de la création de l’univers, mais elle véhicule également une leçon morale et éthique. Autrefois, Nyame vivait près des gens, ce qui leur permettait de lui faire part facilement de leurs préoccupations et de leurs demandes. Troublé par les actions de la vieille femme, il lui demanda de cesser de le frapper avec son pilon. Cependant, elle ignora sa demande et, en désobéissant, Nyame s’éloigna des humains. Têtue, la vieille femme était déterminée à atteindre Nyame malgré tout, mais sa désobéissance avait déjà scellé le destin de l’humanité, entraînant plus de souffrances et d’éloignement de Nyame. La leçon à retenir est que les gens doivent respecter les souhaits de Nyame, sous peine de subir les mêmes conséquences qu’Abrewa na ni mba. Les Akan identifient une constellation appelée Abrewa na ni mba, composée d’un agencement de sept étoiles, chacune représentant les sept divisions matrilinéaires du peuple Akan.
4. Cosmologie
D’un point de vue cosmologique, l’univers Akan est fondamentalement spirituel. Tout ce qui existe, qu’il soit vivant ou inanimé, possède des degrés variés de sunsum. Un des aspects les plus significatifs de la cosmologie Akan est le respect accordé aux Nsamanfo (ancêtres). En plus de leur croyance en un Être Suprême (Nyame), en la Terre Mère (Asase Yaa) et en une multitude d’intermédiaires ou de divinités (abosom), les Akan croient en l’omniprésence des Nsamanfo, ce qui se manifeste par des gestes quotidiens tels que le versement de libations, le fait de jeter la première bouchée de nourriture sur le sol, ainsi que par des cérémonies ancestrales périodiques (Adae).
Étant donné que l’univers est doté de sunsum, les Akan consultent les Nsamanfo avant de prendre et d’agir sur de nombreuses décisions quotidiennes. Par exemple, si une personne souhaite construire une maison, elle ne peut pas simplement se rendre dans la forêt, abattre des arbres et commencer la construction. Les arbres renferment du sunsum, et il est nécessaire de demander d’abord la permission aux Nsamanfo avant de les couper.
De plus, la culture Akan est profondément ancrée dans l’ancestralité. Ils croient que, bien que les Nsamanfo n’occupent plus d’espace physique sur terre, ils jouent des rôles essentiels dans la vie de chaque individu. Leur rôle le plus important est celui de messager direct vers Nyame, contrairement aux Abosom, qui agissent comme des messagers de Nyame. Lorsque les Akan versent des libations ou chantent des prières, ils ne s’adressent pas directement à Nyame. Au lieu de cela, ils invoquent les Nsamanfo pour transmettre leurs messages à Nyame, car ces ancêtres sont les représentants spirituels des vivants et se trouvent plus près de Nyame.
On pense que les Nsamanfo sont des êtres spirituels capables d’apporter de la chance aux vivants, en particulier aux membres de leur lignée. En revanche, s’ils sont mécontents, ils peuvent exprimer leur désapprobation en provoquant des malheurs, des maladies, etc. Ils peuvent se manifester sous forme humaine, dans des rêves ou à travers des états de transe, et leur présence spirituelle peut être invoquée pour aider les vivants. Des prières, des offrandes et des sacrifices leur sont souvent adressés pour solliciter leurs bénédictions et éviter les malheurs.
5. Vision de l’Homme et de la Femme
Les Akan croient que chaque individu est composé d’éléments matériels et spirituels. Le honam (corps) et le mogya (sang ; lien avec la lignée maternelle) représentent les aspects matériels ou physiques, tandis que le kra (force vitale/âme), le honhom (souffle de la Vie Divine) et le sunsum (esprit ; lien avec la lignée paternelle) symbolisent les éléments spirituels ou non physiques. Nyame (le Créateur) nous accorde ces éléments matériels et spirituels lors de la conception et de la naissance. Cependant, lorsque nous “mourons”, le honam et le mogya retournent à Asase Yaa (Mère Terre), tandis que le kra, le honhom et le sunsum rejoignent Nyame.
Une bonne santé dépend d’un équilibre et d’une harmonie entre les éléments matériels et spirituels. Si l’un est perturbé, l’autre en souffre également. Lorsqu’une personne tombe malade, les Akan s’intéressent non seulement aux manifestations physiques de la maladie, mais aussi aux aspects spirituels.
Selon les Akan, chaque individu est composé de kra (âme), honhom (souffle de la Vie Divine), sunsum (esprit) et mogya (sang). Le kra, considéré comme la “force vitale” ou l’âme, provient de Nyame. On dit que le kra est une petite part de Nyame qui réside dans le honam de chaque personne. Attribué à la naissance, il représente la composante spirituelle de notre conscience et influence toutes nos actions. Sur le plan individuel, le sunsum constitue la base du caractère et de la personnalité, et il provient du père. Il agit en tant que fonctionnaire du kra, car lorsque Nyame nous accorde notre kra à la naissance, c’est le sunsum qui l’accompagne. De plus, lors de la mort physique, lorsque le kra retourne à Nyame, il est de nouveau escorté par le sunsum. Ainsi, le Kra et le Sunsum sont des contreparties intentionnelles l’un de l’autre.
6. Libation : Une prière quotidienne
En tenant compte des conceptions Akan de Nyame, des Abosom et des Nsamanfo, ainsi que de leur relation étroite, la libation sert de méthode de communication spécifique avec Nyame par l’intermédiaire de ces entités. Lorsque les vivants souhaitent transmettre un message à Nyame, ils le font par le biais de la libation, car les Akan ont le pouvoir d’atteindre directement les Nsamanfo. En revanche, s’ils désirent recevoir un message de Nyame, ils consultent un prêtre traditionnel (Okomfo), qui a la capacité de communiquer avec les Abosom, porteurs des messages de Nyame. Le Okomfo réalise alors des rituels, dont l’un inclut la libation. En dehors des rituels effectués pour autrui, la libation est également utilisée par les Akomfo (pluriel d’Okomfo) pour invoquer l’esprit des Abosom qu’ils vénèrent.
En général, la libation est le moyen par lequel les Akan établissent un lien avec les Nsamanfo. Lorsqu’ils souhaitent honorer et rendre hommage à leurs ancêtres, ils le font par le biais de la libation. De même, lorsqu’ils demandent la paix, des bénédictions, le pardon ou qu’ils souhaitent exprimer leur gratitude envers Nyame, ils passent par les Nsamanfo et utilisent la libation. Ainsi, la libation constitue un élément essentiel dans le tissu des valeurs culturelles des Akan.
La libation ne consiste pas à réciter une prière mémorisée, mais repose plutôt sur l’art de l’improvisation, inspirée par l’occasion. Bien que la libation offre une grande liberté créative au performeur, il existe une technique générale pour son exécution. Pour réaliser une libation, il faut un liquide sous une forme quelconque. Dans le passé, le vin de palme était couramment utilisé, tandis qu’aujourd’hui, on utilise souvent du Schnapps, une marque de liqueur, ou de l’eau. Traditionnellement, deux personnes participent à la cérémonie : celle qui verse la libation et celle qui l’assiste. Après que l’« officiant » ait tapoté le haut de la bouteille, l’« assistant » l’ouvre et verse le liquide dans un récipient tenu par l’« officiant ».
Lorsqu’un homme officiant réalise la cérémonie, il abaisse son vêtement s’il porte une tenue traditionnelle, tandis qu’une femme retire son couvre-chef pour se préparer à accueillir l’esprit. Les chaussures sont également enlevées par respect pour Nyame, les Abosom et les Nsamanfo. L’officiant lève ensuite sa main droite et appelle les esprits souhaités dans un ordre ritualisé. Il explique la raison de verser la libation et annonce des prières spécifiques. Après chaque étape, une petite quantité de boisson est versée, et l’assistant ainsi que les participants répondent aux paroles de l’officiant en disant soit « Hiao » (qu’il en soit ainsi) soit « Nsa » (boire). En somme, la libation vise à renforcer la relation entre les hommes et les Nsamanfo, tout en unissant le monde des vivants et celui des esprits.
Sources complémentaires :
– Buah, F. K. (1980). A History of Ghana: Revised and Updated. Londres : Macmillan Education, Ltd.
– Ephirim-Donkor, A. (1997). African Spirituality: On Becoming Ancestors. Trenton, NJ : Africa World Press.
– Opoku, K. A. (1978). West African Traditional Religion. Accra, Ghana : FEP International Private Limited.
– Opokuwaa, N. A. K. (2005). The Quest for Spiritual Transformation: Introduction to Traditional Akan Religion, Rituals and Practices. New York : iUniverse.



