Encyclopédie de religions africaines – LES ANIMAUX ET LEURS RITUELS
Avant Propos : Chers lecteurs et lectrices, avant de vous lancer dans la lecture de ce contenu nous vous conseillons de lire d’abord notre article d’introduction, vous le trouverez en cliquant sur le lien en surbrillance suivant : Encyclopédie de religions africaines – Introduction : Notions et Concepts. Ce dernier vous permettra de mieux appréhender le sens que nous voulons donner à l’ensemble de cette rubrique.
Tous les animaux sont sacrés dans les traditions religieuses africaines. Ils jouent des rôles essentiels dans la création des cieux, de la Terre et des êtres humains. Ils apportent des messages de vie, de mort, d’ordre social, de coutumes et de pratiques. Certains sont considérés comme des divinités, tandis que d’autres représentent des divinités. Sur un plan pratique, les animaux fournissent de la nourriture aux humains et sont une source de richesse sociale et de statut. À travers les totems, ils distinguent également les relations entre les membres d’une communauté particulière. Pour cette raison, les images d’animaux, que ce soit dans des histoires ou sur des textiles, des maisons, des temples, des sanctuaires, des pots, des contenants, des tambours et des sculptures, confèrent un sens du sacré à la vie quotidienne et rituelle des Africains. Cet article examine le contexte des attitudes africaines envers les animaux, puis se penche sur certaines croyances et pratiques spécifiques.
1. Les origines
De nombreuses histoires africaines racontent qu’autrefois, les gens et les animaux pouvaient communiquer, et que dans certaines cultures, des individus avaient la capacité de s’unir à des animaux spécifiques. Avec le temps, cette capacité a été perdue pour la plupart des gens, sauf pour quelques spécialistes comme les chasseurs, les guérisseurs, les chamanes, les prêtres ou les prêtresses. Bien que la communication ne soit plus possible, le respect pour les animaux est resté.
Les animaux, grâce à leurs comportements complexes semblables à ceux des humains, ont été parmi les premiers enseignants des humains. En observant leur comportement, les Africains ont pu découvrir des informations profondes sur eux-mêmes et sur leur monde. Ces animaux sont devenus des symboles, et leurs images ont été utilisées pour transmettre des informations importantes. Par exemple, dans la vallée du Nil, il existe une divinité du langage et de l’écriture appelée Djehuty, représentée par un babouin. Les babouins possèdent un langage fait de sons de clics, ce qui a peut-être conduit les premiers habitants à associer le langage aux babouins en se basant sur cette observation.
Un autre exemple précoce de l’utilisation d’images animales se trouve chez les San d’Afrique du Sud. Une peinture représentant un éland mourant, avec des lignes en zigzag qui en émanent, illustre la puissance de l’éland, que les San considèrent comme une source de leur pouvoir chamanique. Une autre image montre l’évacuation des entrailles d’un éland, ce qui pourrait indiquer que c’est la libération d’énergie au moment de la mort, et non la mort elle-même, qui libère ce pouvoir. Les images sont peintes avec un mélange contenant le sang d’un éland. D’autres illustrations montrent une combinaison d’éland et d’humain, ou d’oiseau ou de lion et d’humain. Ces créatures mi-homme, mi-animal apparaissent dans des abris rocheux disséminés à travers le sud de l’Afrique et se chevauchent souvent, rendant difficile la distinction des scènes. Ces “théâtres” étaient essentiels à la vie des San, car c’étaient des lieux où les chamanes pouvaient se rassembler et communiquer les informations obtenues de leurs expériences avec les animaux dans le monde spirituel.
2. Quelques exemples
La culture ancienne kemetane utilise largement des images d’animaux et des thérianthropes. Leur écriture, le Mdw Nt_r, comprend des dizaines d’images d’animaux et d’oiseaux qui servent de lettres dans leur système d’écriture. Parfois, ces images sont lues de manière phonétique, d’autres fois de manière idéographique.
Les divinités égyptiennes apparaissent sous forme d’images animales et de thérianthropes. Par exemple, le dieu du soleil, ou neter, Ra, est représenté comme un faucon ou avec des ailes, tout comme le neter Horus. Le faucon, symbole de force et d’agressivité, s’élève haut dans le ciel, tout comme le soleil. Il est souvent associé aux rois pour renforcer leurs pouvoirs et attributs divins.
La neter Hathor est représentée comme une vache ou, à des époques antérieures, comme un hippopotame ou une vache aquatique, tous deux symboles anciens de force maternelle. Sobek, quant à lui, est représenté sous la forme d’un crocodile.
Le crocodile symbolise le monstre qui dévore symboliquement le jour : l’obscurité ou la nuit. La représentation d’un crocodile avec une tête de faucon montre qu’il s’agit d’Horus, ou du soleil, qui est dévoré ou qui lutte contre les forces des ténèbres. Khepera, le neter en perpétuelle évolution, est représenté par le scarabée. Ce dernier enterre ses œufs dans le fumier de vache. Après l’inondation annuelle du Nil, les œufs éclosent, donnant naissance à un nouveau cycle de vie. Même dans des conditions peu idéales comme le fumier et une inondation, la vie continue d’émerger. Parfois, l’utilisation d’images animales est plus abstraite, comme dans le cas du neter, dont l’un des symboles est une plume. La plume représente la légèreté du cœur ressentie lors de la pratique de la Maat. L’oiseau complet est une image de justice chez les Xhosa, où il identifie un meurtrier dans un conte populaire. Aucun animal n’est négligé pour un devoir sacré ; en plus du scarabée, les lézards, caméléons, araignées, serpents et renards occupent des positions importantes dans les traditions religieuses. C’est souvent le lézard ou le caméléon qui a apporté le message de la mort dans le monde. Les araignées sont considérées comme sages, et l’un des titres de Dieu chez les Akan et les Ashanti est le Grand Araignée, le Sage. Les serpents sont perçus comme immortels dans de nombreuses sociétés ou représentent les défunts ou les vivants-morts. Pour cette raison, certains types de serpents dans le monde physique ne sont pas blessés. S’ils apparaissent dans des rêves, ils portent un message des ancêtres et, lorsqu’ils sont représentés, ils sont montrés en train de consommer leur propre queue pour symboliser l’éternité.
Avec une telle importance accordée aux animaux dans les affaires spirituelles et sacrées, ils deviennent des archétypes et leur imagerie imprègne des cultures entières. Parmi les Dogon, le renard pâle, Ogo, se rebelle contre son créateur, tente de voler les graines de la création et, ce faisant, introduit la disharmonie dans l’univers. Le symbolisme résultant du renard dans la culture dogon est divers, abstrait et hautement sophistiqué. Le renard est représenté par un dessin simpliste de son corps et se trouve sur des sanctuaires totems et dans des grottes à travers le pays dogon. Cependant, des objets symboliques liés au renard peuvent être rencontrés dans les jeux d’enfants, les paniers, les tambours et les tables de divination.
Un autre domaine où l’on trouve des images animales est celui du totem. Lorsqu’une famille ou un clan a une relation spéciale et spécifique avec un animal particulier, cela s’exprime sous la forme d’un totem animal. Les applications courantes des totems incluent l’interdiction de manger ou de chasser l’animal. L’utilisation de son image sur les vêtements rituels, les bâtons de marche, les pots et les statues dans les sanctuaires est une expression des totems.
Un dernier domaine d’utilisation des images animales est la danse. On comprend que toutes les formes de danse ont commencé comme des rituels sacrés. Les mouvements dans les danses étaient souvent des pantomimes des activités d’animaux tels que les oiseaux et les poissons. Alors que le danseur ressent les mouvements intérieurement, cela représente une image abstraite de l’animal pour ceux qui regardent la danse.
3. À propos des animaux
Les Africains s’appuient fortement sur l’utilisation de symboles pour communiquer des idéaux et une compréhension universelle de notre connexion à tous les royaumes vivants. Ils croient que toute vie est une et une manifestation du Créateur unique. Les anciens Égyptiens (Kémitiens) mettaient en avant le divin à travers les manifestations animales. Les animaux étaient représentés de différentes manières, comme l’humain à tête d’animal, l’animal à tête humaine, ainsi que la combinaison de plusieurs animaux en une seule forme. Les Africains croient également que, puisque le Créateur a placé les humains au centre de l’univers, les animaux sont désignés comme des serviteurs des êtres humains et, en tant que tels, doivent être utilisés par eux comme ils l’estiment approprié. La relation des Africains avec les animaux démontre clairement leur profonde compréhension et connexion au monde naturel. Cette entrée examine les animaux dans les rituels et la mythologie africains ; elle explore également l’utilisation des totems et la signification de symboles animaux spécifiques dans l’Afrique ancienne.
3.1. Rituels et sacrifices
Les animaux jouent un rôle essentiel dans la vie quotidienne, l’économie et de nombreuses autres facettes de la vie en Afrique. Dans cette hiérarchie de la vie et cet équilibre de l’ordre, les animaux ont été créés avec un but par Dieu, en réponse aux besoins des humains. Ils sont utilisés pour la survie fondamentale, ainsi que pour des raisons spirituelles et religieuses. Les animaux sont impliqués dans des rituels d’élevage où les gens les abattent essentiellement pour se nourrir. Ce processus est accompagné de rituels, car il est courant de bénir l’animal afin d’éliminer toute intention malveillante et de favoriser une consommation saine.
Dans de nombreuses régions d’Afrique, les animaux sont également utilisés à des fins culturelles. Par exemple, les peaux d’animaux servent à envelopper les corps, tandis que les peaux et les précieuses défenses sont utilisées pour fabriquer des instruments de musique. De plus, le sang des animaux peut être consommé sans qu’il soit nécessaire de les tuer. En Ouganda, au Soudan, en Tanzanie, au Nigeria et en Namibie, des rituels accompagnent la préservation des animaux et des personnes, car ces derniers sont autorisés à vivre.
Il est largement admis que la mise à mort d’un animal peut épargner des vies individuelles ainsi que collectives. Dans ce contexte, les animaux sont donc abattus pour protéger la communauté. Il est également compris que la vie de l’animal est transmise aux personnes avec lesquelles elles sont étroitement liées, afin de les renforcer et de les protéger. À cet égard, tant les animaux sauvages que domestiques sont sacrifiés. Les animaux domestiques les plus couramment utilisés dans ce processus sont les moutons, les chèvres, le bétail, les chiens et les volailles. Les animaux sauvages sont utilisés lors de cérémonies de demande de pluie, pour éloigner les épidémies et les dangers publics, ainsi que pour purifier l’environnement.
Les animaux sont également utilisés dans la médecine traditionnelle et les cérémonies rituelles en hommage à Dieu, tout en sollicitant son aide et en se connectant au royaume des esprits. Le sang des animaux est utilisé dans des libations ou comme offrande aux ancêtres, ainsi que pour enrichir le sol et le rendre plus fertile. Pour les guérisseurs, la dépendance aux animaux est cruciale pour la prévention et le traitement des maladies.
3.2. Mythes et Totems
En lien avec l’élevage, la domestication, la chasse et le travail, les animaux sont symbolisés dans des mythes qui ont façonné la réalité des peuples africains et défini leur relation avec l’univers. Dans de nombreuses cultures africaines, les animaux occupent une place particulière dans les mythes cosmogoniques, car ils illustrent la capacité à transmettre un pouvoir sacré et des messages. Dans ces récits, les animaux sont également connus sous le nom de totems et jouent un rôle clé dans la construction de l’identité des individus, des clans et des groupes ethniques. Avec les origines de l’humanité en Afrique, cette même forme d’expression se retrouve dans de nombreuses autres cultures, comme le montre la communication quotidienne, notamment à travers les traditions orales et littéraires.
Leur lien avec le monde naturel a poussé les anciens Africains à s’identifier à des totems animaux qui correspondaient le mieux ou incarnaient le pouvoir ou les capacités de cet animal particulier. Les anciens Africains leur rendaient hommage et les considéraient avec un grand respect, car ils croyaient que certains animaux possédaient des caractéristiques ou des traits des dieux qui les vénéraient. C’était l’une des manières dont le divin pouvait se manifester pour la perception et la compréhension humaines.
Les animaux choisis comme totems reflétaient la compréhension qu’avaient les Africains d’eux-mêmes et de leur lien avec la nature. Ils considéraient également les animaux comme un archétype ou un aspect d’un dieu incarné. Les animaux n’étaient pas des dieux, mais une représentation ou un aspect de ceux-ci, et étaient également associés au Ba (esprit/âme) sur Terre. Leur grande estime pour les animaux allait jusqu’à les associer à la divinité. Les dieux et les êtres humains dans la vie future avaient la capacité de se transformer ou de se métamorphoser en n’importe quel animal ou autre forme de vie (d’ailleurs) à tout moment. C’est ce respect intime qui les a conduits à momifier et à traiter le corps de l’animal décédé comme celui d’un corps humain, dans le même but d’après-vie et d’immortalité. Cette philosophie est directement liée à leur compréhension de Dieu et à la mobilité de l’âme après la mort.
3.3. Symboles spécifiques
Parmi les nombreux animaux respectés par les anciens Africains, le scarabée ou scarabée bousier revêt une signification particulière car il représente, de manière allégorique, le voyage de l’âme. Le scarabée est symbolique en raison de son lien avec le royaume humain. Par exemple, il naît dans l’eau, que les anciens Africains considéraient comme la force vitale universelle et la substance de la vie terrestre. Il est également un symbole de purification, de nettoyage et d’équilibre. Le processus de reproduction du scarabée est également intéressant car il est orienté par la lumière et suit le mouvement du soleil. Il représente fondamentalement l’importance de l’âme se dirigeant vers la lumière, c’est-à-dire vers une conscience ou une prise de conscience supérieure. Enfin, le scarabée crée toujours une boule de fumier en forme de sphère parfaite, semblable à notre propre planète et à d’autres corps célestes, et l’enterre dans la terre pendant 28 jours, le cycle exact de la lune et du cycle menstruel féminin. Le scarabée rappelle aux femmes et aux hommes de respecter les lois naturelles de la nature, alors qu’il travaille avec diligence à maintenir l’ordre. Le scarabée était associé au dieu solaire de la résurrection, Khepri, qui était également lié à la nouvelle vie et à la création, Amen.
Un autre animal digne d’intérêt est le chien ou le chacal, représenté par Anubis, dont les oreilles sont dressées et ouvertes. Cela est lié à la capacité clairaudiente du chacal d’entendre au-delà des capacités de l’oreille humaine. Ensuite, il y a le serpent ou uraeus, généralement représenté sur le front de la couronne du roi, symbolisant la préparation droite et une âme éclairée. Le cobra est également associé à la déesse de la fertilité, Renent, représentée en train de nourrir des enfants et de protéger le pharaon.
Les anciens Africains étaient également étroitement liés aux oiseaux, tels que la cigogne, qui symbolisait le Ba ou l’âme, ainsi qu’au faucon ou au hibou. En raison de ses pouvoirs protecteurs, il était lié à la royauté et considéré comme le gardien du souverain, en outre associé au dieu solaire, Horus. De même, l’ibis ou l’oiseau akhu était considéré comme un aspect de l’âme, représenté par Tehuti, le dieu de la connaissance. Comme dans le cas de Tehuti, plusieurs animaux sont souvent connectés à une seule divinité, et il en va de même pour Amun et sa personnification en tant que bélier et oie. L’autruche est un autre oiseau associé à Maat, la personnification de l’ordre, de la justice et de l’équilibre. Un autre animal d’importance égale est le chat, personnifié par Bast, également lié au dieu solaire, Ra.
De plus, le lion est l’un des exemples les plus connus, comme le montre la tête du sphinx. Le lion personnifie le soleil levant et couchant, gardien de l’horizon. Les lions sont également liés aux divinités solaires et à de nombreux pharaons, ainsi qu’à Sekhmet, qui avait la tête d’une lionne. Le lion de Juda est également un exemple emblématique car il symbolise la royauté et la férocité.
Lectures complémentaires : – Asante, M. K., & Nwadiora, E. (2007). Spear Masters:
Introduction to African Religion. Lanham, MD: Rowman & Littlefield. – Finch, C. S., III. (1998). Echoes of the Old Darkland. – Decatur, GA: Khenti. – Budge, E. A. W. (1978). -Egyptian Magic. Secaucs, NJ: Citadel Press. – Dunard, F., & Zivie-Coche, C. (2004). Gods and Men in Egypt: 3000 BC to 395 CE. – Ithaca, NY: Cornell University. – Gadalla, M. (2001). The All Who Are the One. – Greensboro, NC: Tehuti Research Foundation. – Mbiti, J. (1975).- Introduction to African Religion. -Nigeria: Heinemann Educational Books.



