Encyclopédie de religions africaines – ANIMATISME & ANIMISME
Avant Propos : Chers lecteurs et lectrices, avant de vous lancer dans la lecture de ce contenu nous vous conseillons de lire d’abord notre article d’introduction, vous le trouverez en cliquant sur le lien en surbrillance suivant : Encyclopédie de religions africaines – Introduction : Notions et Concepts. Ce dernier vous permettra de mieux appréhender le sens que nous voulons donner à l’ensemble de cette rubrique.
A. L’ animatisme
L’animatisme, à ne pas confondre avec l’animisme, est la croyance en une puissance surnaturelle qui anime tous les êtres vivants de manière impersonnelle. Contrairement à l’animisme, qui attribue des qualités spécifiques à des objets particuliers, l’animatisme repose sur une foi plus générale en une énergie invisible et puissamment impersonnelle qui se trouve partout. Il est évident que certaines personnes pourraient être en mesure d’accéder à cette puissance et de la manipuler plus efficacement que d’autres.
Dans certaines sociétés africaines, comme chez les Asante du Ghana, on croit que le roi détient le pouvoir de transformer la nature de la société en fonction de la manière dont il exerce son rôle. En effet, s’il met en péril l’ordre de l’univers en enfreignant certains tabous qui pourraient déstabiliser la communauté en abusant ou en détournant la puissance invisible de la Terre, il risque de perdre son poste.
Ainsi, la croyance en une énergie surnaturelle qui n’est pas liée à un être surnaturel constitue l’essence de l’animatisme. Dérivé de la même racine latine que l’animisme, le terme animatisme a été créé pour distinguer l’esprit individuel présent dans les objets animés et inanimés de la croyance plus générale en l’esprit actif de l’univers. On ne peut attribuer aucune qualité éthique ou morale à cet esprit actif, car il n’est ni bon ni mauvais, ni juste ni injuste ; il est partout présent et donc intrinsèquement dangereux s’il est transgressé. Certains l’ont décrit par la métaphore de l’électricité : il est omniprésent et peut causer des dégâts, mais il n’est ni moral ni immoral ; il est amoral.
Bien qu’on puisse retrouver l’animatisme et l’animisme au sein d’une même culture, il convient de les distinguer en tant que concepts. L’animisme peut être considéré comme ayant une personnalité, tandis que l’animatisme est impersonnel ; alors que l’animisme met en évidence des individus avec des caractéristiques ou des traits spirituels spécifiques, l’animatisme se manifeste simplement comme une force universelle dans un sens général. Il est également important de noter que les Africains n’ont que rarement décrit leurs sociétés de cette manière. Ces deux concepts, dérivés de l’anthropologie européenne, ont été appliqués aux sociétés africaines pour aider à expliquer un phénomène complexe à des lecteurs occidentaux.
B. L’ animisme
Le mot animisme provient du terme latin “anima”, qui signifie souffle. Le terme animisme a été utilisé pour la première fois en référence aux cultures africaines par l’anthropologue britannique Edward Burnett Tylor dans son ouvrage Primitive Culture en 1871. Tylor a défini ce terme comme une croyance générale en des êtres spirituels. Après lui, d’autres anthropologues ont employé ce terme pour désigner la religion africaine, soutenant généralement que toutes les religions africaines incluent au minimum l’idée que les choses matérielles et immatérielles possèdent un souffle ou une âme. Ce minimum représentait, pour ces auteurs, l’idée d’une religion considérée comme l’une des plus anciennes formes de croyance sur Terre. Certains ont même tenté de dater son origine à l’époque préhistorique sur le continent africain.
L’idée qu’une âme existe dans chaque objet, qu’il soit animé ou inanimé, semble représenter le sine qua non de la religion. Dans cette perspective, une âme particulière existerait ou aurait existé comme une partie d’une âme immatérielle, et serait donc à la fois universelle et éternelle.
La plupart des croyants en l’animisme partagent l’idée que toutes les religions, qu’elles soient africaines, occidentales ou orientales, contiennent une certaine forme de croyance en un esprit, une âme ou une force vitale présente dans toutes les choses. Cette croyance est qualifiée d’animitisme. Étant donné que les humains semblent avoir cette croyance de manière transversale, cela signifie que l’idée d’ombres, d’esprits, d’âmes ou de souffle est à l’origine de la perception générale en religion selon laquelle les humains sont animés par cette force vitale. Certaines personnes ont même conçu cette force comme une vapeur ou une ombre capable de se déplacer d’un corps à un autre, passant entre les humains ou entre les humains et les plantes ou les animaux. En effet, il est également possible que des objets inanimés possèdent cette vapeur.
Selon les théories animistes, les humains ont développé la croyance en ombres, âmes et esprits pour expliquer les expériences de sommeil, de rêves et même de la mort. Comment distinguer une personne en train de dormir d’une personne qui est éveillée ? De plus, quelle est la signification d’une personne vivante par rapport à celle qui ne l’est pas ? C’est à ce stade que, selon les théories de l’animisme, l’esprit humain a créé l’idée de forces spirituelles. Le fait que ces idées aient émergé de manière significative dans les expériences africaines a conduit les premiers auteurs, après Tylor, à reconnaître qu’en effet, les Africains avaient formulé les premières réponses au problème des différents états de conscience. Cette concession de Tylor a signifié que la soi-disant religion primitive était la raison fondamentale des concepts d’âme, d’esprit, d’ombre, de vapeur et de souffle de vie dans d’autres religions.
L’animisme fut critiqué par l’anthropologue britannique Robert Marett, qui estimait qu’il n’était pas possible pour les Africains d’avoir conçu cette notion de souffle, d’âme et d’esprit, comme le soutenait Tylor. Selon Marett, les peuples dits “primitifs” n’avaient pas la capacité de reconnaître l’idée d’animisme dans les objets animés et inanimés. Si les Africains en étaient venus à cette conviction, selon son argumentation, cela s’expliquait simplement par une réponse “émotionnelle” à leur environnement et non par une réflexion rationnelle. Bien sûr, on peut débattre de la manière dont les premiers Africains en sont venus à croire en l’esprit ou l’âme présents dans les objets, mais une chose est certaine : ils y croyaient. C’est un fait historiquement vérifiable.
En effet, cette croyance demeure d’actualité dans le contexte de la religion africaine. Chez les Akan du Ghana, lorsque l’on veut fabriquer un tambour, les personnes chargées de sa création accompagnent les chasseurs dans la forêt. Lorsqu’elles découvrent un arbre adapté, elles offrent des libations et des prières à l’esprit de l’arbre. Cela illustre la croyance selon laquelle les arbres, les pierres et les plantes possèdent des esprits qui doivent être apaisés et sollicités lorsqu’on souhaite les utiliser. Certains arbres, montagnes ou roches peuvent être considérés comme possédant des esprits à craindre, tandis que d’autres ont des esprits qu’il convient de révérer en raison de leur beauté, de leur importance historique ou de leur utilité.
L’animisme, en tant que fonction de la religion africaine, a eu un impact sur le monde au point que, partout dans le monde, il existe des personnes qui croient en la convergence des mondes spirituel et matériel. Elles estiment qu’il n’y a rien qui sépare le sacré du profane, ou l’animé de l’inanimé, car tous possèdent un esprit ou un souffle.
Lectures complémentaires : – Asante, M. K., et Nwadiora, E. (2007). Spear Masters : Introduction à la religion africaine. Lanham, MD : Rowman & Littlefield. – Scheub, H. (2000). Dictionnaire de la mythologie africaine. New York : Oxford University Press. -Mbiti, J. (1990). Religions et philosophie africaines (2e éd.). Portsmouth, NH : Heinemann.
Remarque : Le présent article est basé sur les travaux de Molefi Kete Asante et Ama Mazama, son ouvrage ENCYCLOPEDIA OF AFRICAN RELIGION a été une base solide pour l’établissement de nos divers contenus sur le sujet.



