Encyclopédie de religions africaines – AIDA WEDO
Avant Propos : Chers lecteurs et lectrices, avant de vous lancer dans la lecture de ce contenu nous vous conseillons de lire d’abord notre article d’introduction, vous le trouverez en cliquant sur le lien en surbrillance suivant : Encyclopédie de religions africaines – Introduction : Notions et Concepts. Ce dernier vous permettra de mieux appréhender le sens que nous voulons donner à l’ensemble de cette rubrique.
Au commencement, un grand serpent entourait la Terre pour la protéger de l’effondrement dans les mers. Lorsque les premières pluies commencèrent à tomber, la déesse haïtienne Aida Wedo, la Lwa de l’arc-en-ciel, fit son apparition, et le serpent (qui était en réalité la Lwa Danbala) tomba amoureux d’elle, et ils se marièrent. On dit que le sperme des hommes et le lait des femmes représentent en réalité le nectar spirituel de Danbala et Aida Wedo, transmis à travers chaque génération. Ces deux Lwa ont enseigné à l’humanité le lien entre la vie et le sang, la menstruation et la naissance, ainsi que le pouvoir ultime du sacrifice (sanguin) dans le Vodou haïtien.
Ce type de récit de création, mettant en scène des esprits puissants masculins et féminins, n’est pas rare. De nombreuses religions à travers le monde partagent des mythes de création similaires, où des forces contrastées mais complémentaires s’unissent pour donner naissance à la Terre et à ses habitants. Souvent, ces divinités tissent des liens étroits avec leurs créations et leur révèlent les grands secrets de la vie, dans l’espoir qu’elles mènent des existences plus spirituellement significatives et épanouissantes. Ces unions sont si fortes qu’il devient difficile de dissocier ces divinités et de parler de l’une sans évoquer l’autre, comme c’est le cas pour Aida Wedo et Danbala. Bien que Danbala soit le plus primordial des deux, Aida Wedo affirme sa présence. Forte par elle-même, elle est néanmoins renforcée par son union avec son partenaire.
Ce récit de création met également en lumière la complexité des principes masculins et féminins dans le Vodou haïtien. Les Lwa peuvent être à la fois masculins et féminins, et cette fluidité de genre s’étend à leur sexualité ; il n’est pas rare que des déesses s’unissent entre elles, qu’elles agissent en tant qu’esprits féminins ou qu’elles jouent le rôle d’une divinité masculine. Lors des cérémonies, les femmes sont souvent montées par des Lwa masculins et les hommes par des Lwa féminins, brouillant ainsi les frontières de genre, alors que ces dévots, chwal des Lwa, adoptent ces différents rôles de genre et de sexualité avec d’autres participants.
Aida Wedo incarne la fertilité aux côtés de Danbala, et ensemble, ils apportent chance, bonheur et richesse à ceux qui les vénèrent. Ses couleurs sont le bleu et le blanc, et son jour est le jeudi. Les arbres qui lui sont associés sont le coton et le mûrier, et avec son époux, les fidèles lui offrent des aliments blancs : chou-fleur, œufs, riz, poules, lait et maïs blanc. Elle réside dans les sources et les rivières avec Danbala, ce qui fait de leur domaine un espace aquatique ; tous deux font partie de la famille Rada. Les symboles d’Aida Wedo incluent les arcs-en-ciel et les serpents arc-en-ciel, tandis que ceux de Danbala sont des serpents et des œufs, représentant leur rôle dans l’aube de la Vie. Aida Wedo est souvent associée à la fertilité.
Le couple Aida Wedo–Danbala Wedo trouve son origine dans le couple Fon Aida Wedo–Danbada Wedo de la tradition Vodou du Bénin, en Afrique de l’Ouest. Cela n’est pas surprenant, car de nombreux Africains enlevés et amenés de force à Haïti durant la traite négrière européenne provenaient de cette région. On retrouve de nombreux parallèles avec d’autres religions, où l’on observe des “divinités duales”, des esprits créateurs masculins et féminins ; cependant, dans chaque tradition, les couples de ces forces duales varient, allant de frère et sœur à mari et femme, voire à rivaux. En plus du couple Fon original, d’autres dieux et déesses créateurs africains qui ressemblent à Aida Wedo et Danbala incluent Aido Hwedo et Mawu (Nigeria/Yoruba), Isis et Osiris (Égypte), Olorun et Obatala (Nigeria/Yoruba), ainsi que Papa et Rangi (Polynésie/Maori).
Sources complémentaires : – Crosley, R. (2000). Le Saut Quantique du Vodou. St. Paul, MN : Llewellyn.- Derren, M. (1953). Les Chevaux Divins : Les Dieux Vodou d’Haïti. New York : Thames and Hudson. – Desmangles, L. (1992). Les Visages des Dieux. Chapel Hill : University of North Carolina Press. – Metraux, A. (1958). Le Vodou Haïtien. Paris : Gallimard.



