Encyclopédie de religions africaines – AIR (atmosphère)
Avant Propos : Chers lecteurs et lectrices, avant de vous lancer dans la lecture de ce contenu nous vous conseillons de lire d’abord notre article d’introduction, vous le trouverez en cliquant sur le lien en surbrillance suivant : Encyclopédie de religions africaines – Introduction : Notions et Concepts. Ce dernier vous permettra de mieux appréhender le sens que nous voulons donner à l’ensemble de cette rubrique.
Le premier traitement philosophique de l’air remonte à l’Égypte ancienne, où il est incarné par Shu. Selon les textes anciens, Shu faisait partie de l’ENNEAD qui résidait dans le temple d’On (Héliopolis) et représentait l’un des éléments fondamentaux. La tradition raconte que Ra, la divinité suprême, a créé Shu ainsi que ses sœurs, Tefnut, Geb et Nut, qui symbolisent les quatre éléments essentiels de l’Univers.
Shu représente l’air, Tefnut l’humidité, Geb la Terre et Nut le ciel. La fonction de Shu, tout comme celle des autres éléments, était cruciale pour maintenir l’ordre cosmique établi par Ra. En tant qu’air, Shu avait pour rôle de soulever Nut au-dessus de Geb, séparant ainsi le ciel de la Terre. Dans cette fonction, Shu joue un rôle clé dans le maintien de l’équilibre. Si Shu venait à disparaître, le ciel s’effondrerait sur la Terre, rendant la survie humaine impossible. À l’inverse, si Shu éloignait trop le ciel de la Terre, les humains souffriraient également en raison du manque de protection de Nut.
Ainsi, l’air joue un rôle vital dans le soutien de la vie, le maintien de l’équilibre et la protection des humains. La création de Shu et des autres éléments par Ra a établi un modèle fondamental de la réponse de l’Afrique à son environnement. Le rôle de Shu, tel que compris par les Égyptiens anciens, peut être perçu comme une protection de la sanctité de l’environnement. Perturber l’air peut engendrer le chaos dans l’univers. De ce fait, l’air est considéré comme un élément à protéger en raison de son lien avec l’environnement, ce qui constitue l’une des premières réponses environnementales au monde.
Les humains ont reçu l’air comme un don de Ra, quelle que soit la manière dont on l’appelle, et doivent veiller à sa propreté, sa pureté et son énergie, en favorisant de bonnes odeurs, en éliminant les mauvaises et en procédant à des purifications rituelles de l’atmosphère. Dans la formulation égyptienne ancienne, Shu avait une mission à accomplir. Dans d’autres sociétés africaines, comme les Yoruba, Akan, Zulu, Kikuyu et Bakuba, l’air est perçu comme un soutien à la vie et un réceptacle de nombreuses puissances et énergies. La découverte de l’air en tant que phénomène vivifiant et énergisant est essentielle à l’appréciation contemporaine de l’environnement en Afrique comme un contexte spirituel.
Grâce à cette insistance sur la richesse de l’air en énergies spirituelles, Shu devient plus qu’une simple énergie physique ; c’est en raison de sa capacité à contenir les énergies des ancêtres et du monde spirituel que cet élément environnemental, créé par la divinité suprême pour séparer la Terre et le ciel, acquiert des caractéristiques de médiation de l’équilibre dans l’univers. Ainsi, l’air est l’élément qui nous permet de maintenir les conditions de maat sur Terre et dans le ciel.
Sources complémentaires : Goff, B. (1979). Les symboles de l’Égypte ancienne à la période tardive : La vingt et unième dynastie. La Haye, Pays-Bas : Mouten. Karenga, M. (2005). Maat : L’idéal moral dans l’Égypte ancienne : Une étude sur l’éthique africaine classique. Los Angeles : University of Sankore Press.



